ENTRETIEN DE LOUIS ALIOT pour NOVOPRESS

Publié le par Groupe FN Perpignan

Ce n’est plus un mystère : Louis Aliot, secrétaire général du Front national, est candidat à l’investiture pour conduire la liste du FN aux élections européennes de juin 2009 dans la circonscription Sud-Ouest, qui comprend les régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. Celui qui voue une indéfectible fidélité à Jean-Marie Le Pen a accordé un long entretien à Novopress, dont nous publions aujourd’hui la première partie. Il nous expose notamment sa conception de l’identité. Novopress :

Pour quelles raisons êtes-vous candidat pour mener la liste du Front national dans la région Sud-Ouest pour les prochaines élections européennes ?

Parce que j’y suis né, j’y vis et j’y milite depuis 1990. Parce que j’ai été le responsable FNJ pour les régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, parce que je suis seul élu d’une ville de plus de 100.000 habitants (Perpignan), président de groupe au conseil régional de Midi-Pyrénées et secrétaire général du FN, je pense représenter un atout pour le FN dans cette circonscription. J’ai la chance d’être culturellement de cette terre et d’avoir une bonne connaissance du terrain. J’ajoute que mes résultats électoraux sont significatifs, que les militants me connaissent bien et qu’ils me soutiennent dans ce projet. Pour d’autres raisons aussi que je n’exposerai pas ici mais qui touchent à la fidélité, au respect et à la discipline. Je suis un militant avant tout et je vous rassure, si je ne suis pas choisi, je n’en ferai pas une affaire d’Etat. Unité d’abord !

 Le Front national est « contre cette Europe-là ». Mais pour quelle Europe êtes-vous ? Concrètement, comment organiser l’Europe que vous souhaitez ? Par une réforme des institutions européennes ? Une renégociation des traités ? La France doit-elle sortir de l’Union européenne ? Et de la zone euro ?

L’Europe des peuples et des Etats ! Assez proche de celle que développait le général De Gaulle en son temps. Celle d’Ariane et d’Airbus. Une Europe de coopération entre Etats sur des sujets précis, la consécration des droits nationaux sur le droit européen, la refonte de l’Europe dans un traité unique qui respecte les peuples, les identités et les indépendances. Quant à la question de la monnaie, Jean-Marie Le Pen a lancé l’idée de l’« euro-or », seul moyen de sauvegarder notre système économique mis à mal par l’idéologie ultralibérale et destructrice de la Banque centrale européenne (BCE). Reste que si la situation empire, le retour du franc n’est pas inenvisageable.

Carl Lang a récemment déclaré dans les colonnes de Minute que la priorité est de stopper le « processus de colonisation ethnique » de la France. Partagez-vous ce point de vue ?

Si je suis rentré au Front national, c’est particulièrement pour cette idée. C’est Jean-Marie Le Pen le promoteur de cette idée et personne d’autre. Il a eu le courage et la clairvoyance de le dire au moment où personne n’y croyait. Carl et tous les autres, dont je suis, ne sommes que les ambassadeurs de ce combat, les maillons d’une chaîne dont l’acier est évidemment lepéniste. Vous me rétorquerez que je hisse le lepénisme à un niveau important ? Et bien oui, car dans la situation de décadence actuelle et sous la pression de tous les corps constitués, sociaux, philosophiques ou religieux, il a tenu bon et nous l’avons suivi dans ce combat de résistance. On pourra toujours gloser sur ses échecs, ses erreurs, ceci ou cela… Ce n’est pas un dieu, c’est un homme politique et un soldat qui a ouvert la voie. Sans Le Pen, nous ne serions pas là ! Ce qui relativise beaucoup les querelles d’intérêts, de personnes ou les attaques de transfuges du FN. « Si vous ne voulez pas de l’Algérie française, vous aurez la France algérienne ! », disait le jeune député Le Pen à la tribune de l’Assemblée nationale. Cinquante-deux ans après, il a raison. Et surtout, il avait raison contre celles et ceux qui prônaient l’abandon de l’empire pour ne pas avoir à subir une coexistence avec d’autres peuples à l’image d’un De Gaulle qui ne voulait pas voir un jour l’existence de « Colombey-les-deux-mosquées » (Patience, patience, au rythme où nous allons, c’est pour demain !). Et bien aujourd’hui, ils ont les deux ! Le déshonneur d’avoir largué l’empire, et notamment l’Algérie avec tous les crimes et les abandons qui s’y rattachent, et celui d’avoir favorisé une immigration qui, aujourd’hui, nous menace dans ce que nous sommes. « Une personne qui dit que le Coran est sa Constitution n’a rien à faire dans notre pays »

Les Français d’origine immigrée (nous parlons ici des extra-européens) peuvent-ils être des Français comme les autres dès lors qu’ils ne correspondent à aucun des critères énoncés par le général De Gaulle : « Nous sommes avant tout un peuple européen, de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » ?

Le seul problème, c’est que la criminelle politique de décolonisation du général De Gaulle a conduit à l’« invasion » dont Valéry Giscard d’Estaing parlait à juste titre et dont nous subissons aujourd’hui les effets dramatiques. Sans parler de ses successeurs qui ont dilapidé l’héritage et préféré faire le choix de l’immigration plutôt que celui de la natalité. C’est un choix idéologique guidé en partie par l’économique, mais criminel en soi. La formule de De Gaulle est intéressante, évidente, réaliste, de son temps, mais comme toujours avec les politiciens, ses actes ont été en totale contradiction avec ce constat et la préservation de cette homogénéité nationale, culturelle, territoriale, religieuse et ethnique. Pour autant je ne tombe pas dans le panneau de cette citation qui souffre évidemment d’exceptions avec lesquelles il faut compter. La France a été un empire et a fait de ceux qui ont choisi la France avant les indépendances, quels qu’ils soient, des Français à part entière. Notre combat pour les Harkis, la défense de l’armée d’Afrique que mène inlassablement Roger Holeindre ou la défense de l’Empire en tant que tel est l’héritage de notre famille politique. Le FN est de cette lignée. Mais la question se pose sur le traitement de l’immigration en tant que telle. A la marge et dans des proportions bien comprises, cela n’est pas gênant. Mais nous devons garder la maîtrise des flux en imposant des mesures draconiennes d’accueil et toujours dans l’esprit d’un retour au pays. Je connais bon nombre de Français musulmans qui aiment leur pays, la France, et qui rejettent cette immigration idéologique et économique. Ils ne revendiquent rien, ne veulent pas de statut particulier, ni de mosquées et veulent devenir sur plusieurs générations des Français à part entière, comme hier les Martinez, les Da Silva, Schenardi et consorts, assimilés à la nation française par l’armée, quelquefois la guerre, l’école, le champ, l’usine ou l’atelier. Reste le problème de l’Islam qui pose un problème réel à notre système laïc. L’inversion des flux est une nécessité vitale et que l’on ne nous dise pas qu’on ne peut pas en renvoyer une partie. En quelques mois, plus d’un million de pieds-noirs ont quitté leur terre, contraints à l’exil dans des conditions épouvantables. Un gouvernement du FN sera beaucoup plus humain, respectueux, loyal que ne l’ont été les gouvernements de l’époque et leurs alliés objectifs qu’étaient les communistes et les socialistes. Mais seul un Etat fort, souverain et indépendant pourra rétablir cette logique économique et humaine. Tout cela en partenariat avec l’Afrique, car le fond du problème est là-bas. En 2025 ce continent aura dépassé le milliard d’habitants dans une misère innommable. Que pourrons-nous faire ? Pas grand-chose dans notre état de faiblesse démographique, politique, économique et sociale. L’inassimilation de certaines populations pose le problème des conditions de leur assimilation éventuelle. De deux choses l’une : • soit ces populations ne veulent pas s’intégrer et même pire, nous imposent petit à petit leur culture, leurs coutumes, leurs manières de vivre, souvent rétrogrades et nous devrons en tirer toutes les conclusions ; • soit ces populations souhaitent réellement devenir françaises et là, elles doivent s’adapter à nous et pas le contraire. Notre devoir est de recréer un cadre contraignant et non négociable de vie commune : l’histoire doit être remise à l’endroit (sans repentance aucune) et le service national rétabli ou du moins une forme de service ; l’école doit être intraitable et apprendre à aimer la France, à savoir lire, écrire et compter. L’expulsion doit être immédiate pour tous ceux qui ne respectent pas les règles. Une personne qui dit que le Coran est sa Constitution n’a rien à faire dans notre pays. Il peut très bien vivre son Coran dans un pays ou la charia s’applique. Les grandes lignes d’une politique authentiquement nationale ? Revitalisation de la politique nataliste et familiale avec une véritable politique d’accueil de la vie ; inversion des flux migratoires, arrêt des aides sociales et application du principe de préférence nationale. Ce n’est qu’à ces seules conditions que nous nous rétablirons. Dans le cas contraire, nous serons submergés sans avoir eu le temps de dire ouf ! L’évolution de la démographie se chargera de notre disparition.

Etes-vous du côté de ceux qui défendent une identité charnelle et enracinée dans ses communautés naturelles et historiques (incluant donc la part d’identité régionale) ou de ceux pour qui l’identité nationale est avant tout constituée par le respect des valeurs républicaines ?

Une part d’identité régionale, oui ! Mais pas que l’identité régionale. A Perpignan, en Roussillon, les catalanistes essaient d’imposer leur langue, non pas comme une identité charnelle mais comme un moyen de s’amarrer à l’Espagne pour l’économie essentiellement. La part de l’enracinement dans leur politique est folklorique. C’est tout. En fait, les nationalistes catalans et les européistes communautaristes favorisent le démantèlement de l’Etat-nation France par le financement d’opérations plus ou moins utiles. Que pèsera le catalan face au développement de l’immigration maghrébine que connaît ce département ? Nous sommes à quelques encablures du Maghreb. Je dis attention ! Je suis évidemment pour tout ce qui enracine les individus. Mais il ne faut pas être dupe de la manipulation qui existe. Ce n’est pas un hasard si la gauche la plus extrême est systématiquement au soutien des mouvements régionalistes. Et dans certains cas, les mouvements sont même financés par des Etats étrangers. J’ajoute que les communautarismes ethniques ou religieux sont entrés dans cette brèche particulariste pour avancer leurs pions. La nation est un très juste équilibre entre le trop petit régional et le trop grand mondial. Si je prends mon exemple, mes grands-parents ariégeois parlaient et écrivaient l’occitan qui était leur langue de vie. La génération d’après, celle de mon père, l’écrit et le parle, mais l’occitan avait disparu comme langue de vie. Ma génération le comprend, le lit, mais ne le parle pas. Cette lente évolution est aussi l’évolution de notre société toute entière. Comment est-on passé du latin à l’occitan ? Et de l’occitan au français ? Pourquoi ne pas revenir au latin, langue européenne et civilisationnelle par essence ? Des régions résistent ? Tant mieux ! En Alsace, en Corse, en Bretagne, aux Pays basques, ici ou là, quelques cultures locales existent encore. Elles participent de l’identité nationale. Mais regardons les choses en face. Bientôt en France, la troisième langue parlée, après le français et l’anglais (langue des affaires, du commerce, de l’Europe et de la diplomatie aujourd’hui) sera l’arabe. Il faut être conscient de cela. Alors les régionalismes oui, tant qu’ils ne pénalisent pas la nécessaire reconquête nationale qui passe d’abord par la reconquête de notre langue, le français ! Pour en revenir à l’identité nationale, elle est un tout, enracinée dans une terre, façonnée par une histoire dont la république fait partie intégrante. Non pas les valeurs de la république qui ne veulent rien dire et qui sont l’héritage de nos adversaires, mais la république en tant que schéma d’organisation des pouvoirs. Pas plus, mais pas moins. Pas de valeurs mais des outils au service de la chose publique. Vous connaissez la formule de Péguy : « La république est la quatrième dynastie qui a régné sur la France. » A ce titre, elle fait partie intégrante de l’identité pour peu qu’elle garde sa caractéristique de française. Et c’est là que le bât blesse. Notre république n’est plus française, elle est autre, elle est mondialiste et impose un modèle monoculturaliste mondial destructeur de notre identité, dont l’immigration est l’une des armes.

Novopress : Craignez-vous une « islamisation » de la France ? Et l’édification de mosquées sur fonds privés ne vous semble-t-elle pas un processus impossible à endiguer si on ne reconnaît pas une homogénéité ethnique, culturelle et religieuse de la France ?

Louis Aliot : L’islam avance conformément à la loi du nombre. Plus les musulmans seront nombreux et plus les chrétiens perdront du terrain. Plus les églises se videront et plus les mosquées se rempliront. C’est la loi des vases communicants. Ils occupent la place que nous n’occupons plus. Ils sont jeunes, croyants, fiers de ce qu’ils sont et sont entretenus pour beaucoup dans la défiance à l’égard de la France par l’école, les lobbies et les politiciens qui achètent temporairement la paix sociale et la paix civile. Un certain nombre de groupes politico-religieux avancent en utilisant toutes les facilités que leur offre notre système institutionnel ainsi que les faiblesses de notre intelligentsia, y compris catholique. Dois-je rappeler que l’Eglise est systématiquement contre toutes lois contraignantes en matière d’immigration ! J’ai beaucoup de respect pour le pape Benoît XVI, mais je suis perplexe lorsque le 8 octobre il encourage « l’action multiforme des catholiques du monde entier en faveur des immigrés ! » On imagine comment sera reçu ce message dans notre clergé gauchisant… C’est par une politique forte et le rétablissement de l’autorité de l’Etat qu’on pourra remettre les choses à leur place. Avec l’aide du peuple souverain par le biais du référendum ! Une chose encore. Certains chez nous parlent de réciprocité en matière d’établissement de mosquées. Je ne suis pas favorable à cette réciprocité. Chaque peuple dans sa nation, chaque religion dans sa sphère géographique dans le respect mutuel des droits, des mœurs et des coutumes et dans un esprit de tolérance. Ainsi, quand les clochers sont au Nord et les mosquées au Sud, les repères sont mieux fixés, l’orientation se fait mieux, les tensions n’apparaissent pas et il n’y a pas alors de conflits.

Jean-Pierre Chevènement a déclaré récemment, au sujet de la colonisation française en Algérie, que « ces deux peuples n’étaient pas miscibles ». Vous qui êtes issu d’une famille pied-noir, qu’en pensez-vous ? Et ne pensez-vous pas que la conception de l’assimilation prônée par le Front national est à revoir, vu les différences culturelles et religieuses des nouveaux arrivants ?

Pour l’instant, c’est nous qui sommes en train de nous assimiler à eux, et pas le contraire. Regardez dans les tribunaux, les cantines, les piscines, les modes de consommation de masse qui se communautarisent (semaines de l’Orient, du ramadan, du Nouvel An chinois, j’en passe et des meilleures)… Petit à petit, le modèle français et la France reculent… Comme je vous l’ai dit, notre situation cataclysmique vient de nos faiblesses et de notre affadissement généralisé dont la gauche et la droite sont les seules responsables. La gauche parce qu’elle distille le poison de la culpabilité permanente et la droite parce qu’elle a courbé l’échine devant les lobbies, le marxisme et la « bien-pensance »… Dans ce schéma, même imparfait, le FN reste quand même un mouvement à part, heureusement ! L’assimilation que prône le FN est un acte contraignant qui demande à celui qui vient sur notre terre d’en épouser toutes les aspérités culturelles et sociales. S’il ne le peut pas ? La planète est immense et les pays d’accueil nombreux ! Notre système marchera pour les plus honnêtes, les plus volontaires et les plus méritants. Je ne parle pas de religion, mais même la laïcité (pas le laïcisme !) est un concept qui s’inspire de la Chrétienté : « Tu rendras à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. » Cette laïcité défensive s’oppose à l’Islam et à son « globalisme » puisqu’il ne fait pas de différence entre le spirituel et le temporel. Les pieds-noirs avaient bâti un beau « pays », trois beaux départements français avec le sang des soldats français et à la sueur de leurs fronts. Ils n’étaient pas à part, ils étaient français en France et toutes les communautés arrivaient à coexister. Même en 1944, ils ont été la principale armée de libération et, dans cette armée, les pieds-noirs, proportionnellement à leur communauté, étaient les plus nombreux. Tout n’était pas parfait, certes. Les mariages mixtes mal vus et mal perçus. Le chacun chez soi était la règle, mais petit à petit le respect mutuel s’imposait et avec le temps, c’est la France qui se serait imposée. Pendant les événements, toutes les communautés étaient rassemblées pour demander le maintien de l’Algérie française. C’est le terrorisme et la peur imposés par le FLN, la complicité des communistes et le reniement de la parole donnée par De Gaulle qui a permis l’inimaginable. Même le pétrole du Sahara qui n’appartenait pas à cette Algérie-là a été donné ! Souvenons-nous de la déclaration du président de l’association des oulémas, El Bachir El Ibrahimi, qui, en 1954, le jour de la Toussaint rouge, a déclaré depuis le Caire : « Le combat est engagé pour le triomphe de l’Arabisme et de l’Islam. » C’est la croix que l’on a voulu vaincre en Algérie où, aujourd’hui, il est interdit aux chrétiens de prier hors des églises (voir le dernier livre de Jean-Claude Perez aux éditions Dualpha). L’Algérie aurait été une formidable base pour développer et aider l’Afrique en projetant les populations du Nord vers le Sud plutôt que du Sud vers le Nord et ainsi fixer ses populations. Elle était en plus notre réservoir d’énergie et aurait fait de nous l’une des grandes puissances mondiales. Le crime a bel et bien été la décolonisation, surtout de la manière dont elle s’est réalisée. Crime pour les nôtres d’abord mais crime aussi pour les populations de ces nouveaux pays indépendants qui ont souffert et qui souffrent aujourd’hui encore de gouvernements socialisants, corrompus, totalitaires ou quasi mafieux !

Vous expliquez dans votre thèse, parue en 2003 sous le titre L’élection du président de la Ve République au suffrage universel direct (éd. F.-X. de Guibert), en vous appuyant sur divers travaux, dont ceux de Maurice Druon, être contre l’élection du président de la République au suffrage universel. N’est ce pas un paradoxe pour le secrétaire général d’un parti définissant cette élection comme « la mère de toutes les batailles » ?

Vous avez mal lu ma thèse. Je suis critique sur ses effets et sur l’incohérence qu’elle établit au sein du système politico-institutionnel. Soit le président, parce qu’il est élu par le peuple, est et doit être le seul responsable de la politique menée, et alors l’article 20 (« Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Il dispose de l’administration et de la force armée ») doit disparaître et la Constitution doit être modifiée en profondeur ; soit le président élu peut tout se permettre sans endosser la moindre responsabilité et nous vivons sous le règne de l’hypocrisie constitutionnelle et de l’aventure permanente. Que dit Druon ? « Le génie politique que fut le général de Gaulle n’a commis, j’ose le penser, qu’une seule erreur majeure : la réforme constitutionnelle de 1962. Ce pessimiste avait, pour une fois, fait confiance à la nature humaine. » « Génie politique » me paraît inexact. En revanche, il met en cause tous les successeurs de De Gaulle ! Et là, je le rejoins ! Mais pour autant, et pour le moment, on ne peut pas revenir sur cette élection. Si les hommes sont corrompus ou corruptibles, alors il faut encadrer leurs pouvoirs et les rendre cohérents. La Constitution de 1958 est morte. Nous vivons toujours avec un texte qui s’appelle « Constitution de 1958 », mais ce n’est plus le même texte, le même esprit, la même pratique… Vingt-quatre révisions constitutionnelles ont sonné le glas de cette Constitution. Le président de mon jury de thèse était Jean Foyer, un remarquable juriste, ancien garde des sceaux du général De Gaulle et rédacteur du texte constitutionnel. Il était sans ambiguïté sur le sujet : « Ils ont tout trahi ! », m’a-t-il dit. Pour répondre à votre question, cette élection façonne tout le reste, les institutions, la politique et les partis politiques. C’est le mimétisme présidentialiste qui règne. Lorsqu’un parti n’a pas de leader incontesté, ou trop de leaders de même valeur, c’est la cacophonie et la débandade. Ce mimétisme se retrouve même dans les départements, les régions, etc. Ces nouveaux « barons » se prennent pour de grands féodaux avec leurs privilèges, leurs cours, leur démagogie, etc. Mais ce fonctionnement se réalise toujours au détriment du peuple mais toujours avec notre argent ! Dans notre société de consommation, de communication et de spectacle, la présidentielle a changé de dimension. Elle relève plus de la corrida que du débat d’idées ! Le pire c’est qu’elle donne l’illusion du pouvoir, alors qu’une fois élu, le président ne peut même pas appliquer son programme puisque le pouvoir est ailleurs et qu’il est menotté par les promesses qu’il a faites aux uns ou aux autres pour se faire élire ! C’est un grand mensonge qui finira par exploser, un peu comme la Bourse aujourd’hui. La seule chose à faire pour contourner les blocages de l’oligarchie qui a fait main basse sur notre démocratie, c’est de rétablir les grands principes de souveraineté, de liberté et d’identité par le biais du référendum. Seul un pouvoir fort appuyé sur le suffrage universel pourra redonner à la France ses lettres de noblesse.
Vous écriviez dans cette même thèse que l’élection présidentielle au suffrage universel direct « force les partis politiques à se transformer en véritables écuries présidentielles, qui ne vivent que par et pour leur candidat, avec des considérations matérielles et financières de plus en plus sensibles et influentes ». Depuis que vous êtes secrétaire général du Front national, est-ce ce que vous constatez ?

C’est exact : des écuries à la pointe de la communication, avec ses avantages et ses inconvénients. C’est aujourd’hui une obligation. Le système pousse à cela. Vous ne pouvez, sous peine de disparaître, vous soustraire à cette règle d’or. J’ajoute qu’un mouvement nationaliste comme le nôtre ne peut faire l’économie d’un chef (homme ou femme), avec une équipe, des solidarités, mais avec une seule tête ! La contrepartie, c’est que la quête du pouvoir solitaire peut aussi faire perdre la tête à certains et provoquer de gros dégâts dans les organisations politiques et humaines. Les rivalités humaines font partie du schéma. « Où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie », disait Montaigne. Regardez le PS aujourd’hui… Où est leur futur Mitterrand ? Tant qu’ils ne l’auront pas trouvé, ils trébucheront ! Quant à l’argent, il est le nerf de la guerre et sans lui pas de campagne électorale. La démocratie aujourd’hui est d’abord une question d’argent. Avec de l’argent et sans idées, vous pouvez gagner une élection. Sans argent et avec de bonnes idées, vous aurez bien moins de chance de l’emporter. Injustice, inégalité majeure, fiction totale, mais c’est ainsi. La démocratie rime aujourd’hui avec l’hypocrisie. Prendre le pouvoir pour le pouvoir, suivre un leader pour partager des places à venir n’a aucun sens parce qu’une fois aux affaires, les contradictions deviennent tellement flagrantes qu’elles obligent à l’immobilisme. Pour ne fâcher personne, pour ne froisser personne et surtout pour préparer une future réélection, les présidents successifs ont tout bradé, y compris la souveraineté de l’Etat ! Regardez Sarkozy. Il mouline dans tous les sens, mais il n’avance pas. Dans cette élection, c’est autant le parti qui est important que l’adéquation avec les attentes de la majorité du peuple. Etre au bon endroit au bon moment… C’est aussi une bonne gestion du temps politique. Ce qui est important, ce n’est pas les discussions sur la couleur des rideaux, c’est l’incarnation d’une personne dans une attente collective. Cette ambition dépasse très largement le cadre des structures politiques et partisanes. Seule une adhésion à un « projet de vie » (c’est-à-dire permettre aux citoyens de se projeter dans un avenir possible, réalisable, tenable) s’incarnant dans une femme ou un homme peut abolir le système actuel. Comme plusieurs fois vérifié dans l’histoire de France, et dans des situations troubles, le peuple est à la recherche de l’être providentiel.

Les résultats des dernières élections partielles, une cantonale à Calais, une législative à Chartres, indiquent un nouveau recul du Front national par rapport aux scrutins de référence antérieurs. Comment expliquez-vous que la désillusion d’une partie de l’électorat à l’égard de Nicolas Sarkozy ne profite pas au Front national ?

Les partielles n’ont jamais été très bonnes pour nous sauf exceptions. Reste que la désaffection de notre électorat est préoccupante mais pas définitive. Après la trahison de Mégret, le mouvement a réalisé 5,6 % aux européennes. En 2001, 7 % aux cantonales et une présence municipale modeste. Un an après, Jean-Marie Le Pen est au second tour avec 17 % ! Et aux régionales 2004, nous faisons 15 % ! Vous voyez bien qu’en matière électorale tout est possible. Dans des villes comme Perpignan, que je connais bien, on voit des anciens électeurs qui reviennent à de meilleurs sentiments et des anciens contestataires faire amende honorable. L’effort doit porter sur notre crédibilité, y compris dans la contestation du système. Tant que les électeurs ne verront pas en nous une alternative possible et un contre-pouvoir efficace, nous souffrirons. Il est évident que l’emballage Sarkozy commence à s’écorner. Le FN est là, encore présent, mais pas assez. Il fait face à des difficultés financières, mais prépare activement les européennes. Nos prévisions sur le marasme actuel étaient bonnes. Nous avons un fond doctrinal cohérent et les idées qui seules peuvent relever la France. Nous y croyons. Reste à les mettre en musique pour les rendre électoralement les plus efficaces possible. Avec du travail, une reprise en main de la formation de nos cadres et une meilleure organisation interne, nous nous rétablirons. Enfin, le Front national est la seule structure d’importance qui défende les idées nationales. Tous ceux qui ont contesté l’autorité de Le Pen ont mal fini ou se sont marginalisés. Personne ne veut le comprendre car beaucoup croient détenir la vérité révélée en la matière, mais la politique relève aussi du symbole. L’image de la fidélité a toujours plus de poids, dans l’inconscient collectif, que celle de la trahison. C’est une constatation anthropologique. On peut ne pas être d’accord, évidemment, et c’est même souhaitable dans les organisations humaines. Mais la critique n’est admissible que lorsqu’elle ne charrie pas des tombereaux d’injures ou de diffamations. Sinon recoller les morceaux est pratiquement impossible… Que chacun se le dise… et y mette du sien.

Propos recueillis par Louis Forestier pour Novopress
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